Quelles nouvelles

des enfants ?

 

De leur monde, nous parviennent depuis quelque temps les rumeurs les plus folles : il paraît que certains enfants auraient pris le pouvoir, seraient devenus « enfants-rois », voire « enfants-tyrans ». Mais on raconte aussi que d’autres seraient odieusement maltraités, exploités, abusés… Plus incroyable encore, le vol d’Enfance deviendrait une pratique courante, et ce, en toute impunité : ainsi, on trouverait de moins en moins de ces êtres à part qu’on appelait autrefois « petits enfants » et qui prenaient leur temps avant de passer à l’âge adulte. Dorénavant, on aurait tendance à brûler les étapes. Les petites filles, plus particulièrement concernées, seraient amenées à devenir dès leur plus jeune âge des adolescentes-créatures de rêve, de mini-femmes fatales… Apparemment, il ne manquerait pas d’observateurs sur place pour analyser, décortiquer, rassurer ou alarmer…

 

Peut-être ne faut-il pas s’inquiéter outre mesure ; peut-être devrions-nous nous débarrasser d’idées bien tranchées sur ce qu’est ou ce que devrait être l’Enfance ; après tout, au cours de l’Histoire, elle a maintes fois changé de visage et a été constamment « réinventée » en fonction des exigences, des mentalités ou des découvertes propres à chaque époque…

 

Mais quand même !!! A l’heure actuelle, au milieu d’un déluge d’informations qui annoncent des changements dans les esprits, une pause serait la bienvenue. Et c’est là que le spectacle « A la porte » trouve toute sa place. Comme un contre-courant, il ne délivre pourtant aucun message, ne distille aucune nostalgie…. Ici, pas question de s’apitoyer ni d’édulcorer, non… juste un arrêt sur image d’une certaine enfance contemporaine. Le texte, au style épuré, sans subjectivité, dresse à travers le quotidien d’un enfant de huit ans, un récit de petits bonheurs et malheurs du jeune âge. Et durant une heure, on va suivre Maurice : Maurice ses bêtises et ses jeux interdits, Maurice et ses défis, Maurice et ses peurs, Maurice et ses jugements à l’emporte-pièce, Maurice ses rêves et ses secrets, Maurice face à l’injustice, à l’humiliation, Maurice en liberté surveillée dans le monde des grands….

 

L’autre personnage, c’est Boris, l’ombre de Maurice, celui qui nourrit son imaginaire, celui qui le pousse à réaliser ce qu’il n’ose pas faire, celui qui met le doigt sur ce qui fait mal, qui l’oblige à affronter la réalité, celui qui l’aide à franchir les étapes…

Maurice est-il réellement à la porte ou se sent-il à la porte ? A-t-il réellement un ami ou s’est-il inventé Boris pour survivre dans un monde qui lui paraît hostile ? Les questions resteront probablement sans réponses tant semble complexe cet univers particulier de l’enfance. Bien sûr, on pourrait trouver que c’est une enfance rurale et qui plus est, une enfance rurale un peu datée qui nous est présentée dans ce spectacle. Qu’importe le lieu ! Qu’importe le temps !

 

Les plus âgés y retrouveront certainement une des portes de leur enfance. Quant aux enfants, ils découvriront peut-être des personnages inconnus, comme sortis d’un conte... En tout cas, les deux comédiens apportent les ingrédients nécessaires : surprise, rire, émotion, et même angoisse. « A la porte » est une histoire qui, avec un air de légèreté et un petit côté désinvolte, aborde un sujet sérieux sur lequel beaucoup de spécialistes se sont déjà penchés. Sans le vouloir, elle nous rappelle peut-être que, quoiqu’en disent les marchands de bonheur de ce siècle, l’enfance idyllique reste un leurre, ou encore comme l’écrivait Jean Cocteau dans la difficulté d’être : « L’enfance sait ce qu’elle veut : elle veut sortir de l’enfance. »

 

 

Odile ROUSSELET

A la porte 2011

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